Chez Prévert

 

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D’Omonville la petite

     Ma vision s’inscrit en bleu, de toutes les nuances, beauté suffocante et ou  de toutes les façons les mots seront trop pauvres, trop galvaudés et où mes images seront formelles. Elles figeront le relief de l’eau, les friselis des vagues, la brillance des reflets changeants, l’argent de la mer. Il manquera la course des nuages, les mouvements, la brise douce, la morsure du soleil, l’odeur iodée, le vol incessant des mouettes qui traversent l’objectif. Je creuse l’instant que je vais laisser derrière moi. Perdu pour toujours, parfait, unique. Lire la suite

Vendredi ou les Limbes du Pacifique

Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier 

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     Bonheur de lecture

     Je suis allongée dans la cabine avant du gros ventre chaud d’un caïque. Je ne vois pas la mer, mais je l’entends clapoter contre la coque du bateau. Nous sommes amarrés depuis plusieurs jours à l’abri d’une minuscule crique de l’île aux chèvres, réserve femelle du mont Athos. La houle soulève doucement le bateau et je lis. Je suis seule, le soleil au-dessus de ma tête, la mer de tous les côtés, et à quelques coups de rames, le gros caillou sec et escarpé de l’île. Le reste de l’équipage est monté sur des chemins tracés par les troupeaux, jusqu’au monastère pour saluer les moines. J’ai choisi de rester pour continuer le roman que j’ai commencé à lire et qui ne me quitte plus. Je me souviens assez bien des livres que j’ai lus, j’ai la mémoire des mots. Mais tous ne me laissent pas l’imprégnation des lieux. Il n’y a pas forcement de lien direct avec notre vie, notre environnement. Pour Vendredi ou les limbes du pacifique, j’ai ressenti cette symbiose, au moment même où je le découvrais. Il participait à donner à chaque instant le sentiment que ce que je vivais été exceptionnel, un viatique pour me comprendre. Livre d’initiation à la vie sauvage, à l’isolement, à la contemplation du soleil, à la jouissance avec la terre et la remise en question des valeurs de la civilisation occidentale, à la quête de soi. De quoi saisir au plus juste le ressenti de Robinson. Il m’en est resté la conscience d’avoir pleinement pénétré cette œuvre de Tournier et découvert la puissance de ce récit. Il en va de même pour d’autres livres qui sur le chemin de ma vie, ont répondu à des questionnements et apportés des réponses. Borges dit que les livres sont le prolongement de notre mémoire et de notre imagination. Mais il me semble aussi, que les auteurs sont nos géniteurs. Ils sont à double titre, les créateurs de ce que nous sommes devenus. Sans eux l’homme civilisé n’existerait pas et nous leur devons tout.